Vacances

Pendant que Barde trottine déjà dans les champs, cueillant au passage quelques crocus, oubliant même de tuer, la mémoire de l’Exécuteur se perd dans le bleu métallique du ciel et Monsaigneur a décidé de prendre congé.

Cette année, le printemps a fait des siennes et nos plumes aspirent à la liberté, pas même un Conte Harper ne les aurait plaquées au clavier.

Pour une dernière fois, entre ordinateurs et chandelles, lisez nos sombres nouvelles.

Bon été !

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Amnésie d’outre-tombe  par L’exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Comment en suis-je arrivé là, je ne m’en souviens plus. Il n’y a aucune lumière dans la pièce où je me trouve. Le noir total.

— Il y a quelqu’un ?

— Oui, me répond une voix métallique mais féminine (ou l’inverse).

— Qui êtes-vous ?

— Vous ?

— Je ne sais pas comment je suis arrivé ici…

— Mais vous, qui êtes-vous ?

— Heu…

Zut. Qui suis-je ? Comment répondre à ça ?

— Je m’appelle… heu… je m’appelle…

C’est le comble ! Non seulement je ne sais pas ce que je fais ici, mais je ne me souviens plus de mon nom !

— Bien, hum, ça peut vous paraître étrange, mais je ne m’en souviens plus…

— Ha ha ha ! très drôle !

— Mais non, ça n’est pas drôle du tout !

— Moi, je trouve ça drôle.

— Et vous, quel est votre nom ? (Elle commence à m’énerver celle-là avec sa voix de robot.)

— Kat Senkat

— Kat Senkat ?

— Oui.

— Et où sommes-nous ?

— Dans le noir, manifestement.

— Vous avez un sens de l’humour particulier.

— On le dit. Je suis pleine de surprises. J’apparais au moment où on ne s’y attend pas et où on le désire encore moins.

— C’est bien sympathique tous ces mystères, mais ça ne me dit pas où nous sommes et qu’est ce que j’y fais.

— Nous ne sommes nulle part et si je me fie à ce que vous me dites, vous ne faites pas grand chose.

— Et vous, vous y faites quoi ? (Elle commence à me taper sérieusement sur les nerfs celle-là.)

— Rien.

— Rien ?

— J’attends que vous agissiez.

— Je voudrais bien, mais, premièrement, je ne vois rien, deuxièmement, je ne me rappelle de rien et troisièmement, je ne sais pas où je suis. Ça n’incite pas beaucoup à l’action, tout ça…

— Si vous le dites.

Bon, inutile de dialoguer avec cet être invisible et métallique. J’ai beau essayer de me souvenir, rien. C’est le vide en moi. Pourtant si je parle et réfléchis, je n’ai pas tout oublié !

J’enrage, essayons l’action. J’essaie d’avancer mais comme tout à l’heure je me heurte à des murs sitôt que j’ai fait deux pas. On dirait que je suis dans un tout petit placard. Les murs sont lisses. Je tâte le sol, tout aussi lisse et froid. Du marbre, peut-être… Le plafond est inatteignable. Aucune fissure, aucune ouverture.

— Vous savez comment on peut sortir d’ici ? que je demande à la voix.

— Non.

Décidément d’aucune aide, cette pouffiasse de métal.

— Fille d’acier !

— Hein ?

— Laisse tomber.

J’entreprends de tâter chaque centimètre carré des murs. Après un très long moment, je sens une petite protubérance. Victoire ! C’est un interrupteur !

Et c’est là que je me souviens de tout, instantanément : il fallait que je reboot ma machine, je n’avais plus accès à ma mémoire…

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Testament d’un Tueur à pages  publié par Edgar Strabéri

Lettre trouvée sur le bureau de Monsaigneur :

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Montréal, 15 avril 2011

La terre est assez immonde, le monde assez atterré. Je n’écrirai pas un mot de plus, qui puisse ajouter à cette ambiance quelque notion d’inhumanité. Je vois l’été, son éclatante lumière m’appelle hors de ce siècle trop sombre. Je compte la suivre, plume bien ancrée sur ma postérité.

J’ai tenté de tuer, mais mes victimes restaient bien en vie. Le virtuel ne tue pas plus que le ridicule ne le fait, c’est ridicule, mais c’est un fait. Pendant qu’un dictateur décédait à l’autre bout de la planète de manière surréaliste et bien écrite, un autre naissait ici, réel et hypocrite. Aucun conte accompagné de harpe ne viendra jamais à bout des exploiteurs et des tyrans, ils ne peuvent que toucher le cœur des lecteurs bien pensants.

Mais le lecteur en pense quoi ?

Ô peuple ! Suppôt d’un saigneur ! Qui voudrais-tu que je tue ? Quelle lapidation veux-tu voir qui ne tu n’aies pas déjà dégoûtée sur Youtube ? Voudrais-tu que je lance la première pierre à Rock, sorti de prison ? Préfères-tu que je tranche la gorge de son patron ? Du pain et des jeux jamais ne divertissent l’esprit ni n’apaisent l’âme. Je me rends ainsi, à l’évidence, léguant mes mots à la providence. Je pars, avant de vous entendre crier « Au tueur ! »

Tuer pour de l’argent ne rapporte jamais; je n’ai jamais fait d’argent, et ça me tue. Quelle belle antiphrase ! Quels humains pauvres nous faisons, hantés par la richesse, voire pire : la sainte-noblesse. Pour elle, nos moindres gestes sont calculés. Tendre la main rapporte beaucoup plus à celui qui la prend, qu’à celui qui la tend.

Le culte de l’image…

Pourquoi alors ai-je créé ? Est-ce que mon art maugrée ? Pourtant, je le fais prospérer cet art, j’y suis prospère, je crée, je figure-de-stylise, j’aide mon prochain avec style. Je tue et ce n’est pas un accident. Et l’on me lit. Et l’on en jouit. Mais de l’autre main, serai-je maudit ?

Chacun pour l’autre est anormal et, se croyant normal, juge l’autre à son tour. Les psychologues des uns s’avèrent souvent être les fous des autres. Certains, comme Peter Pan, utilisent leur syndrome pour planer, moi j’ai pris mon envol grâce à la plume d’un esprit dédoublé. Je suis Monsaigneur, le produit littéraire de démence, multiplié par dépendance; une équation obscure tirant maintenant sa révérence pour vivre et laisser vivre tout concept, tout personnage, toute image.

Comment ?

J’écris comme je respire et je respire parce que je suis écrit. Je suis écrivain fictif qui mourra comme il nait chaque semaine : par la lumière des chandelles de son auteur. Une immolation. Un incendie.

Je sais que Strabéri publiera cette lettre, c’est un salaud de confiance, toujours là pour exterminer d’autres salauds. Je suis persuadé qu’il sera heureux de voir disparaître son double sans y avoir mis le moindre effort, préférant me laisser m’éliminer plutôt que me gracier d’un simple pardon, le sale petit colon.

Je t’accorde cette faveur Strabéri, je te rends ta liberté en signant moi-même cette dernière nouvelle du mot :

FIN

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Sans titre

On nous a demandé de ne rien tuer du tout. Ne plus écrire ? Oui, ça viendra, l’été se pointe, mine de rien, il faudra songer à ranger notre mine… Mais pas cette semaine.

Plutôt que de ne rien tuer, nous avons décidé de tuer rien. Par trois fois, rien retournera au néant. C’est trois fois rien. Mais est-ce que deux négatifs s’annulent pour faire du positif ?

Eh bien non ! Rien qui retourne au néant fait toujours rien, sinon de belles histoires pour ensoleiller votre vendredi. Et cette fois-ci, notre image vaut aussi 500 mots, vous cliquez ?

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Un si beau petit rien tout neuf  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

Valérien venait de s’acheter un beau petit rien tout neuf dans une boutique où l’on vend de tout de rien. Le soleil draguait les piétons qui, souriants, flânaient sur les trottoirs frais lavés de leur petite ville bâtie sur rien, au beau milieu de nulle part. Dans les feuilles, une brise soufflait aux habitants un air de rien.

Valérien ne prenait aucune chance et ne se découvrait pas d’un fil, été hâtif ou pas. Avec sa main droite, il tenait son chapeau, dans l’autre, il gardait son petit rien tout neuf à l’abri du vent chaud qui risquait de le faire s’envoler.

« C’est vraiment fou, ce que ce temps pourrait me faire perdre… », pensa-t-il.

Il s’arrêta tout de même au parc, attiré par un attroupement spontané. Des gens, réunis autour d’un point, semblaient fascinés. Valérien se faufila adroitement, lançant au passage des regards par-dessus les épaules. Arrivé en première rangée, il espéra enfin découvrir la cause du rassemblement.

Il ne vit rien.

Il demanda à son voisin :

— Qu’est-ce qui se passe, dites-moi ?

— Mais rien du tout.

— Pourquoi regardez-vous tous vers le même point, l’air ébahi ?

— Vous ne voyez rien ?

— Non.

— Bien voilà, il n’y a rien à voir.

— Pourquoi rester ainsi, puisque vous ne regardez rien ?

— Ça n’a rien à voir.

— Mais qu’est-ce que vous faites alors ?

— Rien. Ça se voit, non ?

Valérien le remercia et s’éclipsa lentement en évitant les regards, persuadé qu’il avait affaire à quelques fous, sortis d’un conte surréaliste où rien n’arrivait.

Il ouvrit sa main, contempla son achat, et fut rassuré par la beauté que pouvait contenir un simple petit rien. Rien de mal ne pouvait lui arriver en ce jour si radieux. Il décida d’ajouter au plaisir en s’achetant des fleurs pour égayer sa demeure. Il entra chez la fleuriste, prit un bouquet de tournesols et s’avança vers la caisse.

— Ils coûtent combien ?

— Rien.

— Je vous dois quelque chose quand même…

— Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas, on ne se doit rien.

— Mais vous vivez de quoi alors ?

— De fleurs et d’eau fraîche.

— De rien, finalement ?

— Rien d’autre, effectivement.

— Et mes tournesols ?

— Oh ! Mais de rien ! Ça m’a fait plaisir de vous les offrir ! Vous repasserez me voir si jamais vous n’avez rien à faire.

Valérien la remercia et sortit de la boutique avec un sourire de conquérant que rien n’aurait pu lui effacer. Oubliant son chapeau, il se pavana avec dans sa main droite son bouquet et dans la gauche, son petit rien.

Il fila jusqu’à son immeuble et croisa sa concierge dans les escaliers.

— M’sieur Valérien ! Que v’là un beau bouquet ! Mais qu’est-ce que vous serrez dans vot’ poing ?

— Rien.

— C’étions précieux ?

— Ça ne vaut presque rien.

— J’pouvions voir ?

— Mais rien ne vous en empêche, regardez…

Il ouvrit la main.

— Y’avions rien dans vot’ main m’sieur Valérien ! dit-elle, claquant sa paume contre celle de Valérien, tout en riant aux éclats…

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La peine, la joie, le silence, la rosée et le café  par Barde (Hélène Bard)

Je n’écrirai rien, comme toi lorsque tu ne fais rien, que la pluie bat contre tes tempes et que tu ne te diriges nulle part parce que le ciel et la mer ont été confondus, que toutes les lignes de tes cahiers ont été effacées.

Tu touches le vide, laissant disparaître les oiseaux du ciel, les fleurs du voisinage, les maisons du village. Bien enfermé dans ton imperméable, tu avances comme la brume, sans tes deux pieds, du papier dans la tête.

Moi aussi, j’apprends à me taire et à m’en aller de moi-même, sans empêcher ma peine, ce chagrin qui ne m’appartient pas, qui est dans l’eau elle-même ; comme son contraire, la joie, cette joie si lumineuse qu’elle nous laisse, tant de fois, pantois de bonheur tandis qu’on fait la planche sur l’eau étale.

Salut à toi, poète de tous les jours, qui te tiens dans le rien du tout, la plume immobile, tenue en l’air, comme une cigarette que tu n’allumeras pas. Toi qui sais qu’écrire a si peu à voir avec le fait de taper sur une machine.

Au début il y a le silence, simplement le silence, celui qui s’attrape au vol, se trouve partout : dans une tasse de porcelaine posée sur du sable, la musique d’un bourdon autour d’un pot de miel, et jusque dans le fracas des vagues quand le vent les brise.

Ensuite, il y a l’encre et le papier, le dessin des premiers mots. C’est encore rien du tout, l’aube est neuve et le soleil, mouillé. Tu avances à tâtons dans la rosée, les phrases s’y délavent au fur et à mesure. Quand même, tu es content, sans t’expliquer pourquoi : tu aimes le geste d’écrire, il accompagne bien le café fort que tu prépares.

Cela sera d’un sempiternel recommencement : la peine, la joie, le silence, la rosée et le café. Le matin, tu ne dis rien, rien du tout. On croirait que tu dors. Jamais tu n’ouvres ton ordinateur : il fait trop de bruit.

Puis soudain, cela ressemble au choc d’un caillou étrange tombé du plafond sur ta tête. Quelque chose de dur et d’opaque. Tu touches. La blessure est là, bosselée ; pourtant, elle est sans souffrance. Soit, le caillou devait être très doux, un caillou de rien du tout, puisque te voilà maintenant complètement réveillé et conscient : tu viens de tracer une phrase qui semble prête à vouloir passer avec toi le reste du jour. Sceptique, tu la récris plusieurs fois.

La voici sur le seuil de ta porte. Elle n’entre ni ne sort. Tu vois bien qu’elle veut être accompagnée ! Alors là, tu fais tout pour ne plus y penser. De toute manière, l’heure est  à la vie active, le temps de la contemplation est révolu et le sera jusqu’à la nuit venue, lorsque tu te remettras à l’oeuvre, cherchant des âmes soeur à tes mots, jusqu’à ce qu’une pensée prenne la main d’une autre et que le texte s’écrive, tranquillement, à force de tout réinventer à partir de rien: la peine, la joie, le silence, la rosée et le café.

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La Fxxe  par L’exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Dans son laboratoire, Evangelista se grattait le fond de la tête.

— Pourtant ! Natura abhorret a vacuo ! Le néant n’existe pas, par définition, nom d’un chien !

Depuis plusieurs mois, il planchait sur les écrits de son éminent compatriote et maître Galileo Galilei. Il cherchait à mettre au point un baromètre qui puisse mesurer la pression de l’air. Car il en avait la conviction : le vide n’existait pas et l’air devait nécessairement avoir un poids.

Pourtant, toutes ses expériences le démontraient : dans le tube de verre qu’il avait fabriqué, il y avait du rien ! L’espace se trouvant entre la colonne de vif-argent et le reste du tube, se trouvait du rien, le néant !

Incompréhensible, inconcevable et tellement antichrétien. Quoi ? Dieu aurait créé l’univers, le temps et l’espace en laissant des traces du néant infini qu’il habitait de toute éternité ? Impossible !

Hélas, si. Evangelista devait se rendre à l’évidence.

Mais l’affaire n’en resterait pas là, que nenni. Le pieux homme qu’il était – et le grand génie qu’il se considérait être – corrigerait ce fâcheux divin oubli.

Ainsi, les années qui suivirent furent consacrées à une tâche de la plus haute importance – que dis-je, de céleste gravité ! Que diable ! si j’ose m’exprimer ainsi, rectifier une erreur de Dieu Lui-même, ça n’est pas rien…

C’est ainsi qu’une chambre secrète, à l’arrière du laboratoire d’Evangelista fut réservée à ses travaux d’alchimie. La tâche s’avérait colossale : remplacer le vide laissé là par erreur par le Créateur par une substance ayant une étendue mais imperceptible, d’aucune façon, puisqu’il fallait respecter en tout point l’ordre des choses existant dans la nature.

Maniant fioles et éprouvettes, poussière de Lune et venin de cobra, incantation et formules mathématiques, Evangelista vieillissait à vue d’œil à force de travailler à ce projet surhumain.

Au terme de ses travaux, après de nombreuses années, Evangelista complètement épuisé réussit enfin son impossible pari. En invoquant à la fois San Elmo et Belzébuth, accompagnés de farfadets dansant au plafond de son laboratoire secret, il parvint à subsumer l’âme du vif-argent en une matière noire et lourde, qui, au contact de l’air, devint parfaitement invisible !

Exténué, Evangelista baptisa cette matière le fifone – la mauviette. Car cette matière nouvelle lui rappelait l’alouette qui s’envole sans qu’on ne le remarque ; elle est là, on ne la voit plus, mais elle est toujours là.

La nature ayant horreur du vide, elle sauta littéralement sur l’occasion, si l’on peut dire, pour remplacer le vide, laissé ça et là par Dieu, par la mauviette.

Sa grande œuvre accomplie, il ne resta plus à Evangelista qu’à mourir de la typhoïde, non sans auparavant s’être totalement vidé d’une magistrale diarrhée.

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Les Contes Harper (semaine 2)

CETTE SEMAINE :

• Barde constate que l’harpereur fait la sourde oreille;

• L’Exécuteur dompte la bête;

et

• Monsaigneur fait la chasse aux extrémistes.

C’est l’heure du conte,
l’heure des comptes…

Bonne lecture !

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Le rossignol et l’harpereur  par Barde (Hélène Bard)

Le royaume de l’harpereur faisait l’envie du peuple, tant par la richesse de son décor, le confort de ses sièges, que par la beauté de son immense jardin aux fleurs vivaces et aux érables centenaires.

Dans l’un des arbres vivait un rossignol, petit oiseau gris mais au chant si émouvant qu’il eut tôt fait d’être populaire dans tout le pays, que les écrivains en parlèrent dans leurs livres, les poètes lui réservant leurs plus beaux vers, jusqu’à ce que l’harpereur en soit informé.

— Quoi ? s’exclama-t-il. Mais je ne connais pas ce rossignol ! Je n’en ai jamais entendu parler !

Plutôt, chaque soir, l’harpereur remontait la mécanique d’un oiseau automate au plumage brillant, incrusté de pierres précieuses. Mais à force d’entendre toujours la même rengaine, il devint sourd, puis tomba gravement malade. La Mort s’en vint s’asseoir sur sa poitrine, coiffée d’une couronne, tenant un sabre, et lui fit une déclaration le demandant en mariage.

Dehors, le rossignol chanta : « Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai… »

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Chaque vote « conte »…

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Le bêta  par L’exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Autrefois, on connaissait Stephen sous les airs d’un charmant jeune homme. Élégant, racé, l’œil clair et le sourire irrésistible, quiconque tombait sous son charme. L’empathie et la bonté émanaient de lui.

Un jour, toutefois, une fée, Écho Nomie, croisa son chemin et lui jeta un mauvais sort. À raison ; Stephen avait un vilain défaut : il n’avait de cesse d’admirer le reflet de son corps d’Adonis dans tous les miroirs qu’il croisait.

Du coup, Stephen se transforma en bêta : grossier et trapu, il ne maniait que les idées courtes et était devenu myope. Triste, il se retira en son château, dont les murs étaient drapés de rideaux.

Belle, une princesse qui lui était promise par le conseil souverain lui fut présentée. Mais elle s’enfuit à sa simple vue : bien que sa marraine lui eut promis qu’un baiser lui aurait donné un prince tout à fait charmant, elle n’y vit que le Mal et se sauva en courant.

Peiné, Stephen, le bêta, mourut de chagrin seul en son château de sables mouvants…

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Chaque vote « conte »…

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Aladin, ou l’urne merveilleuse  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

Il fallait frotter au crayon un bout de papier et déposer ce dernier dans l’urne pour en faire sortir un génie. Mais il y avait bien longtemps qu’aucune âme, si pure soit-elle, n’avait réussi à faire sortir quoi que ce soit de cette urne…

Aladin avait compris qu’être éclairé n’était pas qu’une question de lampe. L’urne maintenant lui appartenait, et il était décidé à en faire sortir un génie qui serait à son service et non à celui de son patron : un entrepreneur qui voulait lui dérober son avoir.

Stephen le Barbu, dit : Le Chinois ou Le Moyennement-Orienté, ou encore Le Totalitaire, tentait insidieusement de lui voler l’urne, dupant ceux qui étaient moins informés autour.

Aladin trouva néanmoins le moyen de rayer son patron de sa vie… Un simple X sur un bout de papier, et un génie tout désigné pour lui sortit enfin de l’urne.

— Débarrasse-moi de ce patron ! demanda Aladin.

Sous les yeux d’Aladin, Stephen le Barbu devint « minoritairement » présent, et s’éclipsa tranquillement jusqu’à disparaître complètement de sa vie.

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Chaque vote « conte »…

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Conte impie  texte caché

L’extrême droite fait encore des siennes, un Conte Harper de Monsaigneur a été mis à l’index. « Une chanson diabolique, inspirée par le texte moche d’un chanteur populaire ayant la langue fourchue du boa… », disait le communiqué du parti Conservateur.

Nous vous offrons tout de même, détournant la censure, La Crasse-galerie.

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Chaque vote « conte »…

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Pape ôté


Il est sans doute l’un des personnages les plus détestés de la planète, mais étrangement, nul n’osait nous demander de lui botter le Saint-Siège… Jusqu’à la semaine dernière.

Les tueurs à pages ont donc profité des jours de printemps pour faire du grand ménage et éliminer pour vous cette face de carême. Cette tache est donc disparue sans avoir eu le temps de nous cracher quelque hostie.

On s’aimera beaucoup mieux les-uns-les-autres sans lui.

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Mes pape-mobiles  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

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mobile, adj. : Qui a la possibilité de se déplacer

On avait prévu une papemobile procurant au pape la possibilité de se déplacer en public tout en étant protégé des balles.

Son chauffeur africain aurait aimé être protégé, mais le condom lui était interdit, comme l’ivresse au volant, pourtant…

Se rappelant que le suicide était maudit par la religion, il décida de profiter de la possibilité qu’il avait de se déplacer.

Il s’éjecta d’un bond, tout en démontrant que le véhicule ne protégeait pas Benoît d’une chute dans un ravin.

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Mais au troisième jour, Benoît XVI ressuscita entre les mots…

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mobile, n.m. : Téléphone portable

Il ne sonnait jamais… Il se demandait d’ailleurs pourquoi il le gardait ainsi, bien à la serre dans son porte-jarretelle.

Un beau iPhone tout neuf qui ne servait aucunement. Le pape était un techno twit sans compte Twitter. Il détestait…

« Ça me dépasse ! » braillait-il. Communiquer comme tout le monde l’aurait forcé à mettre à jour ses connaissances :(

Il manqua donc le tweet de l’heure annonçant que les iPhone 5 avaient tendance à exploser en tuant leur porteur…

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Mais au troisième jour, Benoît XVI ressuscita entre les mots…

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mobile, n.m. : Corps en mouvement

Les femmes n’étaient pas les bienvenues au Pope Palace… Il les trouvait tartes d’avoir cuisiné Adam avec la pomme.

Il n’avait pas prévu que le professeur qui lui donnait ses cours de yoga papaux, pouvait être un Drag King.

« Ces corps de femmes en mouvement me lèvent le cœur… Ou est-ce ma soutane qu’ils font lever ? » lui confia-t-il.

Elle, enseignait aussi le karaté. D’un coup de hanche, un saint corps en mouvement partit du 5e pour aller choir sur le pavé.

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Mais au troisième jour, Benoît XVI ressuscita entre les mots…

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mobile, adj. : Dont les caractéristiques (date, valeur) peuvent changer

Changer, raturer, écrire, lire, biffer, embellir, censurer, réécrire, publier, critiquer, recommencer, romancer, proscrire…

Le travail de pape n’est pas de tout repos quand vient le temps de propager la bonne parole, il faut évoluer avec ses intentions.

Benoît avait développé un style qu’il adorait, il tuait ses disciples en écrivant à rebours. Une loi divine pour un millier de martyrs.

Il fit sa seule erreur de copiste en biffant, distrait, la phrase le protégeant du néant : « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre… »

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Mais au troisième jour, Benoît XVI ressuscita entre les mots…

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mobile, n.m. : Ce qui pousse à agir

500 mots pile : la règle pour assassiner littérairement une figure autoritaire. Mais savez-vous ce qui est jouissif quand on écrit une nouvelle ? C’est de pouvoir choisir le dernier mot.

J’aurais pu vous resservir une « manière rapide de tuer un saint homme en 100 mots », mais elles étaient en fait les mobiles me poussant à agir. J’ai un meilleur plan pour en finir définitivement. Je renverse l’ordre établi en ne terminant pas cette nouvelle hérétique par :

Mais au troisième jour, Benoît XVI ressuscita entre les mots…

… Oups ! :(

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Toiles de Jouy  par Barde (Hélène Bard)

On est au paradis terrestre, aux abords d’un ruisseau d’eau limpide bordé d’une végétation luxuriante où s’amusent, comme des fous on le devine, des bambins ronds aux cheveux bouclés, sous un soleil endimanché, sans ombre, même pas celle d’un doute. Aux côtés des garçons nus, des lavandières savonnent de belles indiennes qu’elles rincent et mettent à sécher sur l’herbe. Plus loin, un berger mène son troupeau de moutons. Adossé au tronc d’un saule, un galant joue de la flûte à bec. La scène, répétée sur tous les murs du boudoir, les tentures et les fauteuils, a été déclinée en pourpre sur fond beige.

Bienvenue dans l’intimité de sa Sainteté le pape où Ève vient de réussir à se faufiler, avec l’aide d’un garde de sécurité complètement distrait…

— Vous connaissez l’auteur de cette phrase cochonne : « On lui amena des petits enfants pour qu’il les touche » ? C’est Marc, dans son évangile, chapitre 10, verset 13.

— J’en suis ravi, ma chère.

Ratzinger ne cause que peu ou prou en français, il va sans dire. Ève avale lentement le thé brûlant qu’on lui a servi, se tenant roide, tandis que le pape, l’échine courbée, lui lance un regard de dessous, l’air ailleurs et fatigué.

— Vous désirez m’entretenir de votre foi, madame ? murmure-t-il d’une voix pâle et chevrotante.

— Mon fils s’est suicidé la semaine dernière après avoir été violé par l’un de vos frères enseignants.

— J’en suis navré, sincèrement… Que Dieu ait son âme. Prions…

— Il était athée.

— Qu’il rencontre Dieu à présent. Prions…

— Aussi, il était gai.

— Que sa bonne humeur soit éternelle. Prions…

Le souverain pontife sort son missel et se met à déconner en latin avec son ami imaginaire. Un moment, Ève se perd dans l’observation de la tapisserie puis, tranquillement, avec l’assurance de qui la colère a cédé la place à un sentiment plus fort et plus amère encore, se lève et, à deux mains, étrangle l’envoyé de Dieu.

* * *

On est au paradis céleste, en flottaison dans un jardin d’images bleues sur fond beige. Des servantes versent du vin dans des coupes. Des évangélistes s’envoient en l’air, qui avec une lavandière, qui avec un poupon auquel il aura poussé des ailes dans le dos, comme des poignées de valise stylisées avec soin. Le pape, quant à lui, montre ses fesses, couché sur le côté ; il les tient serrées, on dirait la fente d’une tirelire. On ne voit pas Dieu, il a dû s’absenter, ou alors, il se cache derrière le motif des vignes joliment esquissées à la plume sur le fond du ciel.

— Ah non, ah non…

— Quoi ? me demande mon amoureux.

— Je n’aime plus la toile de Jouy. On pourrait trouver autre chose pour décorer le petit salon ?

Bien sûr. Mon amoureux, il s’en fout un peu, c’est l’extérieur et le jardin qui l’intéressent.

— L’automne dernier, j’ai bien écossé les plants de lunaire, dit-il ; on devrait profiter de leur profusion cette année.

Je crie :

— De la monnaie du pape ? NON ! C’EST DE LA MARDE !

— Barde, t’es folle, qu’il dit.

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La Férule  par L’exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Sa Sainteté était à son pupitre, en train d’écrire son dernier motu proprio.[1] Angeli sexus, qu’il s’appelle ce texte, qu’on m’a dit. Toujours écrire, à croire qu’il ne sait pas faire autre chose, il Papa.

Ah ! vous savez, moi, Maria, fille de Gioachino, depuis que j’ai l’honneur de laver les Chiottes Papales, je l’observe avec soin, il Papa. Je ne sais pas écrire, alors je note dans ma mémoire ce qu’il fait et je le raconte à mes deux fils chéris. Vous imaginez ! Moi, pauvre vieille mama je leur raconte la vie des Chiottes de il Papa !

Mais je vais vous dire un secret : ce pape-là, je ne l’ai jamais aimé, Dieu me pardonne !

En tout cas… Demeure que c’est tout un privilège que de nettoyer les Chiottes Papales. C’est comme si la chiasse pontificale rejaillissait sur toute ma famille !

Tout ça pour dire que l’autre jour, il Papa il chipotait encore sur sa maudite Férule.[2] Depuis qu’il a osé abandonner celle de Paul VI – ha ! Monsignore Montini ! – je le déteste encore plus. Une Férule Papale sans Crucifix ! C’est pas très catholique, moi je vous dis…

Et il la promène, comme ça, dans ses appartements ! Son long machin dressé en l’air, il pratique sa messe, qu’il dit à ses secrétaires ! D’un ridicule… Et le pauvre Jésus, lui, il n’est même plus sur la Croix. Un sacrilège, que je pense, moi.

J’ai ma petite idée, moi. Il a peur que Jésus, il voit ses péchés passés. Alors, il le cache, le Christ. Il y a de ça de pratique, quand tu es Pape : tu peux décider de tout.

Alors l’autre matin, après avoir terminé ma corvée – le Bidet Papal brillait à la lumière du lustre – je n’en pouvais plus de le voir se pavaner comme ça avec son stupide bâton.

Je lui ai demandé – nous, du service, avons ce privilège de pouvoir nous adresser au Pape s’il est tout seul – comme ça :

— Votre Sainteté, pourquoi pratiquez-vous la messe ainsi ? Avec votre infini savoir et votre longue expérience, vous ne devez plus en avoir besoin ?

— C’est que j’aime bien me voir avec mon Férule bien dressé dans les airs, qu’il m’a répondu, quand même un peu étonné de ma question. Cela me rappelle, ma fille, la Gloire de notre Sainte Mère l’Église !

Ma fille ! Il m’a appelé sa fille ! Là, c’était trop. J’ai fait ni une, ni deux, je lui ai sauté dessus, lui ai arraché sa maudite Férule et j’ai frappé sa tête à grands coups ! Ça saignait de partout !

— Crève, fils de pute ! Ça c’est pour ton bâton que t’as levé sur mon pauvre frère qu’était allé étudier à Munich ! Crève, chien galeux !

Il a juste eu le temps de crier :

— Ich sterbe ! Ich sterbe ! Hitler, ich komme!

 


[1] Un motu proprio (« de son propre chef ») est une lettre que le pape a décidé personnellement d’écrire. Elle s’adresse à une communauté particulière ou à l’ensemble des membres de l’Église et présente une décision papale concernant la conduite des croyants. Un motu proprio peut, par exemple, modifier certains articles du Droit Canonique. On peut l’associer à un décret. Source : Catholic Encyclopedia (http://www.newadvent.org/cathen/10602a.htm).

[2] La Férule Pontificale est la crosse réservée exclusivement au Pape. Benoît XVI a commandé une nouvelle Férule en 2008 pour remplacer celle utilisée par ses prédécesseurs depuis Paul VI. La Férule de Benoît XVI porte une croix sans crucifix, à la manière de celle de Pie IX, qui a, d’ailleurs, instauré le dogme de l’Immaculée Conception. Source : Wikipedia, « Paramentique catholique » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Paramentique). 

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Les Contes Harper ☛ Semaine 1

CETTE SEMAINE :

• Gouvernée par un shah,
Barde demande la prorogation;

• L’Exécuteur nous joue un air louche;

et

• Monsaigneur fait la démonstration que
le Canada est dans le trou.

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C’est l’heure du conte,
l’heure des comptes…

Bonne lecture !

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May là ! :-(  Par Barde (Hélène Bard)

Chers collègues Tueurs à pages,

Je suis désolée d’entrer de si mauvais pied dans cette campagne (m’exclurai-je du débat faute d’habiter en ville ?), les pantoufles de vert crottées de boue en cette belle journée ensoleillée, avec la promesse faite à Cendrillon, une vieille chienne labrador, d’une randonnée pédestre en montagne, d’autant qu’elle est de fort mauvaise humeur, un minou de ferme s’étant depuis hier imposé chez elle, en son propre royaume. Aussi, nous avons convenu toutes deux de chercher le moyen de se débarrasser de l’intrus.

Vous comprendrez donc que mes plans aient été bousculés et que je ne pourrai me rendre à la Chambre des communes tel que prévu afin d’éliminer le roi de ce pays. J’ose espérer que vous ne m’en tiendrez pas trop rigueur ; dans un proche avenir, je conte bien me soumettre à l’exercice.

En attendant, j’ai fourni des bottes et un sac au chat. Si tout se déroule convenablement, le roi devrait s’étouffer devant l’offrande qui lui sera faite d’une souris verte.

Bien à vous,

Barde

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Chaque vote « conte »…

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Le joueur de flûte  Par l’Exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Une petite ville vivait avec mille maux : corruption, vilenie, scélératesse, homicide, stupre. Un beau matin, se présenta un homme à la perruque biscornue et au langage aussi opaque que celui d’un sorcier : Sven Hrper, venu du Nord. Il offrit au bourgmestre de débarrasser la ville de ses fléaux, à l’aide d’une flûte magique. Il prétendit pouvoir attirer tous les parasites ; ainsi, ils le suivraient et les habitants en seraient libérés…

Afin de le prouver, il attira hors des murs une nuée de termitières. Les bourgeois, impressionnés, le couvrirent d’or afin que Sven les débarrasse de leurs fléaux.

Mal leur en prit ! Les airs suaves de la flûte de Sven eurent tôt fait de les endormir. À leur réveil, ils comprirent qu’ils avaient été dupés !

Ils chassèrent Sven à coups de pierres. Sven se sauva en jouant un air qui attira toutes les putes de la ville.

– Joueur de putes ! crièrent les habitants, qui ne revirent plus jamais Sven, retrouvé mort bien plus tard au fond d’une grotte…

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Chaque vote « conte »…

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Stephen in Wonderland  Par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

Trois ans que Stephen était dans le tunnel. Jack la chenille, Michael le chapelier et Gilles le chat étaient coincés avec lui dans ce corridor devenu trop étroit pour les faire émerger tous les quatre. Stephen avait pris du poids, volant à son frêre (en cachette) les friandises qui lui étaient destinées.

— Cet conne lit de livres sans image de tout façon ! disait-il.

Gourmandise et ignorance ne payaient plus en cet instant délicat.

Il avait beau rapetisser en prenant le thé, Jack, appuyant sur son champignon fumait et grossissait, pendant que la tête de Michael enflait sous un chapeau trop grand pour lui. Une disparition de Gilles le chat n’aurait rien arrangé dans cet espace clos, panier de crabes entouré de sables étouffants. Tous voulaient en sortir rapidement pour éviter d’être asphyxiés.

Ce fut Stephen qui, grâce à sa ruse, se faufila hors du trou le premier, faisant ainsi un face à face avec Élisabeth II, reine des cœurs, qui le recherchait justement pour outrage envers une souveraine.

— Qu’on lui coupe la tête !

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chaque vote « conte »…

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Ô baisée, l’obésité ?

On remet les pendules à l’heure et la balance à zéro. Tolérance zéro pour les surplus adipeux. C’est le printemps et les statistiques le disent : il est temps de rentrer dans son maillot… Mais que faire quand nos tissus débordent de ceux qui devraient les recouvrir ?

Facile ! On laisse un message sur notre babillard et on nous demande de tuer l’obésité. Ne reste ensuite qu’à dévorer un bon livre sur la plage, ou ces trois savoureuses nouvelles des Tueurs à pages :

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Carte postale  par Barde (Hélène Bard)

Kamouraska, Québec. Chaque été on y observait le même phénomène : aux jours de canicule, c’était l’irruption des habitants des terres vers le fleuve, lesquels avaient dévalé l’arrière-pays suffocant et aux nuées de moustiques vampiriques, dans une vague violente, un tremblement de chairs flasques à moitié nues qui venaient s’agglutiner à celles des touristes avachis sur la plage, aux côtés d’immenses glacières remplies de cochonneries. Quasiment tout ce beau monde était obèse, ou sur le point de le devenir. Elle avait mauvaise mine, la carte postale de ce temps-là.

C’était avant l’intervention d’S.Turgeon, chercheur, fils d’un pêcheur de la place qui, s’appuyant sur les travaux de divers scientifiques, psychiatres et nutritionnistes, en vint à la conclusion que beaucoup de gens étaient gros parce qu’ils étaient dépressifs, et dépressifs parce qu’ils étaient gros…

Il fut démontré que les calories vides, les gras trans et saturés étaient en bonne partie responsables, puisqu’ils augmentent les risques de dépression d’environ 50% chez les individus. Au banc des accusés se retrouvaient les aliments transformés, le sucre raffiné, le pain blanc, les viandes rouges, les plats surgelés, les viennoiseries industrielles, les croustilles et les boissons gazeuses, tandis qu’à l’opposé on avait identifié les aliments de la bonne humeur avec, en tête de liste, les huiles végétales pressées à froid et les poissons gras…

Oméga ! S.Turgeon, un bon matin, planta son chapiteau sur la plage, bien en vue, mais bien en vain, du moins au cours de la première saison de ce qu’il considérait être une expérience potentiellement utile. La majorité des gros et des grosses faisait de grands pouah ! à la vue de son étalage de poissons fumés puis conservés dans de l’huile d’olive parfumée d’algues, certains l’accusant même de fanatisme. Plusieurs désertèrent l’endroit, écoeurés ( surtout à la vue de l’anguille ), cependant que quelques audacieux osèrent goûter, une fois, puis deux… et un jour, ce fut le succès : on vint d’un peu partout tenter l’expérience d’une baignade en eau salée suivie d’une dégustation des produits de la mer.

Progressivement, les gros et les grosses modifièrent leurs habitudes alimentaires, retrouvèrent leur joie de vivre, ce qui les entraîna à manger en moindre quantité, et ils perdirent tous beaucoup de poids tandis que le pharmacien du coin vit ses ventes d’antidépresseurs chuter drastiquement.

Aujourd’hui, Kamouraska a retrouvé ses allures de station balnéaire d’autrefois, enfin presque. Récemment, nous a-t-on appris, on y a vu le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le docteur Gaétan Barrette.* Selon nos sources, l’homme aurait demandé à voir des bélugas. Arrivé au large à bord d’un pneumatique, le malheureux se serait penché légèrement, faisant du coup chavirer l’embarcation. Depuis le rivage, on le compara à un pain de savon Dove flottant mystérieusement sur la trace lumineuse laissée par le soleil descendant l’horizon.

S. Turgeon, son travail du jour terminé, s’en alla nager, fendant énergiquement la surface lisse de l’eau et, rejoignant l’obèse, le fit éclater comme un simple ballon, rien qu’en le pinçant. Un peu plus tard, dans la beauté écarlate du couchant, des pêcheurs s’en furent tendre leurs filets afin de laver le paysage des nombreux morceaux de peau éparpillés. Puis on prit des photos.

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* Pour de plus amples informations, voir Google Images.

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Le Complot  par l’Exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Avenue de la Paix, face au Palais des Nations, à Genève, une douzaine de grosses légumes sont réunies au chic restaurant Vieux Bois : post-mortem et gestion de crise.

— Je n’arrive pas encore à y croire, dit le Sous-Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Yan Tang. L’obésité éradiquée de la planète !

— Moi non plus, renchérit le Global Marketing Vice-President de Weight Watchers International, Inc. C’est la débandade, chez nous. Les premières semaines, nous coupions dans le gras – maintenant nous licencions plus de 1000 employés par semaine…

— Et nous donc, ajoute le PDG de l’American Restaurant Association. Nos membres sont en panique ! Depuis les Événements, les clients ne demandent que de la maudite salade, du tofu et de l’eau plate !

— Messieurs, ressaisissons-nous ! interrompt Tang. L’heure est à la réflexion : nous sommes réunis pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

Un léger murmure parcourt l’assemblée. Les représentants de l’OMS ont observé, l’an dernier, une forte baisse de la consommation de produits à l’origine de l’épidémie d’obésité en Occident : sucres, gras, alcool. Un mouvement de fond ayant radicalement modifié le comportement des consommateurs.

Mais les causes profondes de ce phénomène demeuraient totalement inexpliquées…

— Je ne vois pas autre chose que ces insupportables végétariens, végétaliens et autres granoles qui ont envahi les médias les plus mainstream ces dernières années, supposait l’un.

— Et les gouvernements ! ajoutait un autre. Avec leurs campagnes de sensibilisation à une vie plus saine, à faire du sport et toutes ces conneries, voilà où cela nous a mené !

— Saloperies ! s’exclamèrent plusieurs…

Et cela continua ainsi un long moment. Puis, un vieil homme qui n’avait pas dit un mot depuis le tout début, le président de la World Distilleries Corp. interrompit le débat :

— Vous n’y êtes pas du tout. Nous sommes les propres artisans de notre malheur. Nous avons voulu être de bons citoyens corporatifs, l’OMS n’a désiré rien d’autre que faire son boulot, nous avons mis en marché de nombreux produits « light » et santé, etc. Le principe de la bouteille de ketchup a prévalu.

— La bouteille de ketchup ?

— Oui, ça prend beaucoup d’énergie pour en arriver à ce que la bouteille commence à se vider. Mais une fois l’écoulement commencé, impossible d’arrêter et c’est tout le contenu qui se vide. Cela a pris des années avant que nos messages « responsables » commencent à faire effet ; mais impossible d’arrêter l’hémorragie déclenchée.

Après un temps, un représentant de l’OMS prend la parole :

— Il faut donc renverser la vapeur le plus rapidement possible ; la survie de nos organisations et de tout un pan de l’économie en dépend. Je suggère donc un plan d’action stratégique basé sur les prémisses suivantes…

C’est ainsi que les grands décideurs mondiaux de l’alimentation et de la santé se coordonnèrent pour assurer la survie de leurs emplois et mirent sur pieds une vaste campagne de promotion de l’American way of life, de la bière et du junk food

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Le joyeux boucher  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

On m’appelle Monsaigneur, Edgar, et bien d’autres pour les intimes. Oui… Plusieurs personnalités qui cohabitent, je sais, je vis avec.

Je suis Tueur à pages pour le plaisir et publicitaire pour le loyer. Il y a quatre ans, j’ai obtenu un mandat d’un organisme gouvernemental pour créer une campagne visant à enrayer l’obésité au Québec. Bon, j’avoue, je suis nul en marketing, mais je suis quand même un homme d’affaires aguerri. J’ai produit leur campagne, mais la trouvant plutôt moche, je me suis arrangé pour qu’elle ait l’air de fonctionner…

Le résultat fut vraiment au-delà de leurs attentes. L’effet minceur s’est propagé dans le monde entier grâce au commerce que j’ai mis sur pied. Je suis – et personne ne le savait avant – l’heureux propriétaire de la chaîne de restaurants Gargantua.

« Offrir des menus minceur, quelle idée peu originale ! », me direz-vous ? Vous n’y êtes pas allé, et vous vous trompez. Pas sur le fait que les menus santé soient du déjà-vu, mais plutôt sur l’idée que je puisse en offrir à mes clients… Je leur sers des plats bien gras et bien salés, c’est ma recette pour faire de bonnes recettes.

Ketching !

« Mais, comment peut-on y maigrir ? », me régurgiterez vous, estomaqués !

Maigrir ?

Mes recherches sur certaines croyances religieuses interdisant de manger du porc m’ont fait découvrir des choses assez surprenantes sur cette viande. Maladies, légendes, mais surtout que le goût et la texture de la viande de porc seraient ceux qui s’apparentent le plus au goût et à la texture de la chair humaine.

Consommer le péché de la chair…

La combine parfaite : l’ouverture de mon « Greasy Spoon » ne servant exclusivement que du porc (sic), tout en m’associant à ma propre campagne ridiculement sexy : « Mangez cochon en sautant des légumes ! »

L’exercice a porté fruits. Ma chaîne de restaurants a fait des profits gargantuesques. En obtenant la viande, gratuitement, les légumes se paient d’eux-mêmes. Les clients les plus minces repartent rassasiés, les adipeux finissent en pâtés. Je leur fais visiter mes cuisines, ils n’en reviennent tout simplement pas.

Certes, mes langues de porc balsamique et ma langue de bois pourraient avoir leurs saintes limites. J’ai des restaurants partout dans le monde, mais qu’ont dit les musulmans et les juifs à propos de mon menu cochon ?

Je l’ai adapté, épuré, é-porc-é, mais aucunement déshumanisé.

Un joli logo (ma création) « Certifié Halal&Casher », bien en vue dans mes vitrines leur a fait avaler ma ratatouille accompagnée d’un succulent sauté de tofu (cartilage revisité). Et toujours ma mortelle visite des cuisines…

Grâce au péché de gourmandise, l’obésité mondiale a été annihilée en trois ans. Mes derniers restaurants fermeront d’ailleurs leurs portes demain, faute d’obèses à faisander.

Quoi faire ensuite ?

Les franchises de McDonald’s sont payantes, je sais, mais je préfère renouer avec mon ancien métier. Mon expertise marketing étant maintenant reconnue, j’ai été engagé ce printemps pour créer une campagne sur les ITSS. J’ai vraiment hâte de travailler sur ce dossier.

Faudra qu’ça saigne…

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Une vie vide d’essence

Tanné de trop payer tout en étant toujours vidé ? Besoin d’énergie ? Envie de verdure, de ciel bleu et de liberté ? Nous avons ce qu’il vous faut: trois textes légers comme un gaz et bruts à souhait.

C’est qu’on nous a demandé de tuer l’essence, source tarissable de vils conflits. Ce fut vraiment un pet de faire disparaître ce fléau pour laisser la place à une ère pure, à une planète nette…

Jaugez-le par vous-même :

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Le pic  par l’Exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Je m’appelle Hubbert, avec deux B. J’habite Laval, dans un coin qui ressemble encore à la campagne. Dans ma maison, je vis seul entouré de mes souvenirs de voyage. Derrière la maison, j’ai aménagé un petit jardin où j’aime bien boire un verre en lisant et admirer les oiseaux dans le petit bain que j’y ai installé, tout en humant la délicieuse odeur du linge qui sèche au soleil.

Il y a quelques années, un nouveau voisin, M. Throll, s’est installé à côté de chez moi. Un vieux monsieur rabougri, à l’air totalement inoffensif. Les voisins et moi avons remarqué rapidement qu’il avait un accent particulier et l’étrange manière de ne pas prononcer la dernière syllabe de la plupart des mots. Ainsi, il ne disait pas « père » mais « pé’ »… Très vite, nous l’avions donc surnommé le Pé’Throll, pour rigoler.

Les premiers temps, le comportement du Pé’Throll n’attirait l’attention de personne. Mais petit à petit, ses agissements nous parurent étranges…

D’abord, il fit installer une clôture opaque le long de son terrain, si bien qu’il n’était plus possible de ne rien y voir. Mais des gamins ont par la suite relaté que le Pé’Throll avait arraché toute sa pelouse ! Une vaste étendue de terre boueuse entoure maintenant son bungalow… Il ne fallut que peu de temps pour que la bordure mitoyenne de nos terrains ne se dégrade.

Un peu plus tard, d’étranges bruits de machinerie se firent entendre, aux moments les plus insolites de la journée. Personne ne comprit bien se qu’il farfouillait chez lui.

Mais là où les choses commencèrent à mal tourner, ce fut lorsque plusieurs d’entre nous nous aperçûmes que du linge que nous faisions sécher était subtilisé. Ce furent d’abord de petits larcins : un bas, un t-shirt. Avant de comprendre qu’il s’agissait de vols effectués par le Pé’Throll, cela prit du temps – nous croyions qu’il s’agissait simplement de l’œuvre du vent.

Cependant, les semaines passaient et c’étaient des draps, puis des nappes qui disparaissaient de nos cordes à linge. Avec le temps, nous comprîmes que le Pé’Throll préférait particulièrement les nappes.

C’est lorsqu’il eut le culot de voler la nappe brodée par ma grand-mère, ornée de magnifiques motifs feuillus, que je pétai un plomb. Je m’armai d’un pic à glace, fou de rage, et j’ouvris la porte de sa maison, sans sonner.

Je le cherchai avant de tomber, dans son salon, sur une vaste collection de nappes volées à ses voisins. Il y en avait des dizaines ! Pis, elles étaient toutes souillées ! Ha ! le cochon, il avait souillé nos belles nappes ! Vert de colère et rouge de vengeance, je parcourus sa maison pour finalement le retrouver au sous-sol, penché sur d’étranges machineries qui dégageaient une odeur puante. Je ne fis ni une, ni deux, et lui plantai dans le dos mon pic à plusieurs reprises, jusqu’à ce que mort s’en suive.

Il était écrit dans le ciel que le Pé’Throll mourrait du pic de Hubbert.

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Histoire d’un jouet  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

Pierrot Blanchet-Lalune faisait sa maternelle à l’École Logik, une école alternative ou le mot d’ordre était : maîtriser la matière, ludiquement. Plastika Petrolino, la jolie enseignante, avait justement annoncé l’heure du jeu.

— Baril de singes !

— Je joue avec toi, Pierrot ! tenta Marguerite Deschamps-Therrien.

— Oh non ! On ne joue pas avec ça Pierrot ! intervint Plastika. Ce ne sont pas des singes, j’ai apporté ce baril de chez moi, il contient de la gelée de pétrole pour notre bricolage de demain. Moulage sur ballons, vous verrez, ce sera magique !

Aucun des enfants ne savait ce qu’était la gelée de pétrole, mais le baril que Plastika venait de mettre dans le tiroir de son bureau devait sûrement contenir un secret. Ils s’en persuadèrent en se le chuchotant durant toute l’heure du jeu. Le téléphone arabe œuvrant, tous furent persuadés que le baril contenait quelque chose d’inestimable : la magie…

À la pause collation, Plastika fit jouer une musique douce et rencontra le directeur de l’autre côté de la porte close. Ce fut tout ce qu’il fallut à Pierrot pour se faufiler discrètement et saisir le baril dans le tiroir.

Ses camarades le virent et s’approchèrent. Au moment où il voulut ouvrir le baril, il en fut empêché par Lou DeLome qui le lui enleva des mains et alla se terrer dans l’autre coin de la classe.

— Peste ! cria Pierrot, en courant dans la direction de Lou.

Il tenta d’arracher le contenant des griffes de Lou, mais Marguerite le prit au moment où Lou étirait son bras pour l’éloigner de lui. Elle grimpa sur une table et chercha un endroit pour le cacher. Elle voulait éviter que le contenu se répande et qu’elle en soit blâmée. Mais Fabien-Alex Portal arracha le baril d’un bond et empoigna au vol le cordon de la bourse de Plastika pour se donner un élan et grimper dans les rideaux du grand théâtre de marionnettes.

La classe devint une jungle. Tous s’agrippaient à ce qu’ils trouvaient pour tenter de mettre la main sur le baril. Chaque enfant voulait posséder la magie. Quelques-uns rampaient au sol, d’autres volaient à basse altitude, s’accrochant à meubles et tissus. Ils en étaient rendus aux coups, quand Plastika fit irruption dans la classe.

— Quelle est la cause de ce comportement primaire ?

Silencieux, ils regardèrent tous le baril bleu qui roulait sur le sol devant les souliers rouges de Plastika.

— Ah ! Je vois ! Vous êtes incapables de vous faire à l’idée que ce n’est pas un jouet ! Je vais vous montrer !

Plastika posa le baril dans l’évier de la classe, l’aspergea d’alcool à friction et craqua une allumette. Le baril et son contenu fondirent et s’écoulèrent dans le drain.

— Sieste maintenant !

Dans la pénombre de la classe devenue muette, une petite main poilue s’agrippa au rebord de collerette du lavabo… Puis une autre… Et une autre encore…

Aucun élève ne revint de la sieste, on les retrouva tous morts, étouffés avec de petits singes de plastique bleu.

Plastika Petrolino est toujours en fuite…

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Le vieil homme et sa Mercedes  par Barde (Hélène Bard)

— Détendez-vous, fermez les yeux… Que voyez-vous ?

— Mon char. Mettez-lui du gaz.

— Hum… Vous semblez manquer de plomb dans plusieurs zones de votre cerveau, tandis que les analyses révèlent une forte dose de super sans plomb dans chacun de ses hémisphères. Vous êtes un homme moderne, malgré votre âge respectable, voire avancé. Ça devrait se soigner. Depuis combien de temps souffrez-vous ?

Plutôt que de répondre à la question le vieil homme se mit à pleurer, tout en tentant de raconter une histoire que le psychiatre saisit à peine, sinon qu’il y fut question d’une femme, d’un soir de lune et d’une route lisse comme un ruban de satin. Le vieillard, en même temps, esquissait le mouvement de va-et-vient d’un essuie-glace, comme s’il eût voulu tasser le rideau de ses larmes pour mieux voir.

— Mon brave, dit le docteur, votre problème m’apparaît en être un d’essence…

— Lâchez-moi avec votre philosophie ! l’interrompit le vieux, se ressaisissant. On m’a confisqué ma belle allemande. Mettez-lui du gaz !

— Mais vous conduisiez sans permis depuis plus d’un an. Continuez. ( Et le docteur d’imiter le geste rond d’un agent de la circulation. )

— Je ne m’y résigne pas. Je la vois partout et… je deviens fou…

— Et c’est ce sentiment de folie qui vous pousse, chaque jour, à errer dans les rues de la ville ?

— Regardez, j’ai apporté une photo.

— On a également souligné que votre conduite devenait très instable. Aussi, on dit que vous avez sauté à la gorge de l’employé d’une station-service qui refusait de vous vendre du pétrole. Pourquoi ?

— Elle était belle ! La plus belle dette de ma vie ! Vous voyez ? Sa partie avant avait été redessinée, cette année-là…

— Bien, je vous prescris un neuroleptique et, à tout hasard, un peu de lithium. Vous devriez vous sentir mieux, d’un tempérament plus constant.

— Vous croyez qu’elle va revenir ? Vous allez lui mettre une pile électrique ? Au lithium ! On m’a dit ça ! que le lithium devenait à la mode !

Il n’en fallait pas plus pour que le vieux retrouve sa bonne humeur. Il serra chaudement la main du médecin et s’en fut annoncer la bonne nouvelle à sa fille qui l’attendait dans le vestibule.

— Mercedes, ma Mercedes ! Elle va revenir ! Ils vont la soigner au lithium !

— Pauvre papa…

Ce soir-là, autour de la table familiale, tout un chacun se fit le devoir d’expliquer en répétant au vieillard que son rêve ne se réaliserait pas. Puis, sans lui porter plus d’attention, on se mit à causer des cours du pétrole, de son inéluctable pénurie, du chaos, de l’or bleu, peut-être… Les filles et les fils y étaient tous, chacun bien à l’aise dans sa parole intelligente mais sans fantaisie aucune ; de la parlure de grandes personnes au volant de leur vie, sans yeux pour les étoiles.

Le vieil homme annonça qu’il s’endormait. On le desservit, l’embrassa, lui souhaita bonne nuit. Bon ennui. Il pria : « Je sais, ma femme, que tu espérais me voir arriver en Mercedes, notre Mercedes, la complice de toutes nos folles escapades. Mais c’est fini. Je ne pourrai plus la conduire. Je viendrai en train, demain ou après-demain. Dis à Dieu que j’aurai pris mon bain. »

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La tremblotte du mouton

Vraiment effrayante, cette maladie qui s’attaque à des troupeaux entiers de moutons. Prises de tremblements, il faut abattre les bêtes pour que la maladie ne contamine pas leurs congénères.

Le p’tit Gégé, le mouton noir de son quartier, l’avait attrapée. Il frémissait tellement qu’à chaque question qu’on lui posait, il n’avait de réponse qu’un son de grelot. Il faisait à ce point pitié qu’il fallut l’achever. À trois cette fois-ci.

Plus jamais on ne verra Gégé monter des « pestacles » dans son quartier. Il a quitté la scène bien malgré lui. C’est tellement bon d’entendre à nouveau le silence des agneaux….

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La Coupe  par l’Exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

À Montréal, ça sentait la coupe.

Et elle, elle se tapissait dans l’ombre. Derrière tout grand homme il y a une femme, dit-on. Disait-elle, pour affirmer un peu plus son rôle.

De cocktail en lancement, de discours inaugural en petit déjeuner de la Chambre de commerce, le Maire répétait inlassablement les mêmes mots. Des mots, des « lignes », des « spins », finalement que des slogans, du marketing politique.

Car il avait tout monté en grappes : des grappes de gestion intégrée, basées sur l’efficience des résultats et le respect de règles de gouvernance strictes. Dans un monde où les commettants désirent s’assurer de la bonne marche du politique et de la saine gestion comptable de l’administration publique, il importe d’intégrer les préceptes les plus stricts des meilleures pratiques guidant les décisions au jour le jour.

Mais elle veille. Malgré les beaux discours, les beaux habits, les souliers cirés et la gueule d’ivoire, elle surveille ses moindres gestes. Elle veille.

Depuis sa nomination, son proche conseiller, Paul-Alexandre, avait prédit l’issue : « Monsieur le Maire, vous devrez changer. Vous n’êtes plus ministre. » Ce à quoi elle rajoutait : « Mon chéri, tu dois t’adapter à cette nouvelle fonction, modeste amphitryon d’attardés intellectuels qui ne s’intéressent qu’à de basses considérations. Fi ! des projets grandioses et de bâtir un avenir meilleur ! Tu dois gérer maintenant ! »

Ce qu’il tenta. De programme en règlement, de nids-de-poule bouchés en bibliothèques annoncées. Mais rien n’y fit. Toutes décisions qu’il prit tombèrent à plat.

Il essayait, tant bien qu’il le pouvait, de reposer sa confiance sur elle. Mais elle le ramenait qu’à ses propres mots.

Car là résidait son profond chagrin : les mots, les mots.

Il écrivait ses discours en fin de soirée. Calé dans sa bergère, Chuck, le magnifique berger anglais, à ses pieds. Et il se lançait, s’élançait, même, tel un rhéteur romain. Sophismes sur paraboles, toutes les figures de style s’interchangeaient et s’équivalaient.

Mais un soir, plus rien ne fonctionna. Les mots ne venaient plus, Chuck hurlait à la Lune (au demeurant absente), les conseillers démissionnaient les uns après les autres, et le sens même de la vie échappait au Maire.

C’est alors qu’il sentit une réalité toute simple : la coupe, ça sentait la coupe. Il fallait couper dans le discours, il fallait couper dans tout ce qui dépassait, dans le superflu, dans le régime de pension des cols bleus, dans les budgets de la culture, dans la fonction publique, couper, couper, partout couper !

Il se retourne : sa femme le regarde, sévère.

– Gérald, tu n’es pas raisonnable, tu devrais couper, ton discours est long et ennuyeux.

– Pourtant, de Dieu, je le travaille depuis deux semaines, ce discours, et je coupe et je coupe !

– Et alors ?

– Alors, voilà : c’est un énoncé politique, maintenant.

– Pff.

Mais à chaque fois qu’il essaie de couper, c’est pire : ça repousse de partout, c’est repoussant de mots, de mots, des mots qui étouffent le Maire…

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Les couteaux volent bas…  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

Je suis un chat de ruelle, parfois ombre sur un toit, parfois félin dans son panier, toujours griffeur de meubles. Je les griffe et j’y mets ma griffe. Je suis ébéniste, restaurateur et concepteur de meubles uniques. Du genre de ceux qui sont sculptés dans des racines. Ces fameuses racines que l’on trouve au sol après qu’un arbre ait été coupé à sa base. Si vous pouviez seulement voir les tables magnifiques que j’ai créées ! Bon, je n’ai jamais eu l’occasion d’en sculpter une à partir d’une racine de litchi (un pur délice pour les yeux), mais un jour, mon couteau à bois goûtera à ce fruit délicat, je lui ai promis.

Dans la ruelle, tous près de mon atelier, il y avait cet automne une de ces souches inspirantes, un érable tout frais coupé par mon voisin d’en face, Gérald, ou était-ce par mon voisin immédiat le bonhomme Dénège… Qui sait ? C’était quand même Gérald que j’avais dans ma mire. Je me foutais de qui avait coupé cet érable, ça me faisait matière à créer, et la fameuse racine était dans la cour de Gérald.

Je faisais déjà sur mon ordinateur les plans de mon bébé : une table ronde pour « mémère qui tremble ». Un meuble adapté pour parking-son argenté. Un contrat…

C’est à ce moment que j’ai eu une révélation… « Deling Deling ! », un son de cloche. « Deling Deling ! », qui se rapprochait. « DELING DELING ! », il fallait que je voie. Tel un espion, je regardai par la fenêtre de mon salon. Je vis Gérald, qui faisait aussi l’espion dans la fenêtre de son bureau.

Dans la ruelle : la cloche du camion d’un aiguiseur de couteaux.

Tony.

« Tony et fils » qu’on pouvait lire sur le camion orange. Un vrai métier comme dans l’temps ! Le genre de gars qui aide les bâtisseurs en bonifiant leurs outils, pour qu’ils puissent couper subtilement ici, et construire rapidement là. Un service onéreux, mais qui à bien des égards, pouvait devenir payant.

Gérald et moi avions tous les deux besoin d’aiguisage. Il ne lâcha pas sa vigie et enregistra tout, visuellement, en vue d’un prochain passage du camion. Personne ne devait lui mettre des bâtons dans les roues, il devait accéder au camion le premier. Un peu niais, il n’avait pas compris que tous allaient, en définitive, être servis par Tony. Il avait besoin d’un meilleur ouvre-lettre, j’avais besoin d’un couteau à bois bien affûté pour peaufiner ma future table ronde. Pour m’amuser, je décidai de jouer son jeu et de tenter d’arriver au camion le premier.

Deux jours plus tard, au premier « Deling ! », j’enfilai avec hâte mes sandales. Lui aussi enfila rapidement « ses scandales », comme il les appelait, candidement. Nos deux portes s’ouvrirent en même temps. Je brandis en courant mon couteau à bois de fer blanc, lui, son ouvre-lettre d’argent brut.

Le camion de Tony s’arrêta net.

Au moment où il coupa le moteur, il nous vit, à travers son pare-brise, insérer chacun notre outil dans la gorge de l’autre.

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Portrait d’un veau doux aux yeux bleus  par Barde (Hélène Bard)

C’est notre mère qui l’a dit : j’ai du courage. Mon petit frère, lui, il n’en a pas. C’est peut-être dû au bleu délavé de ses yeux qui craignent la lumière, se plissent et chialent ; à son corps mou de poupée de chiffon traversée de tremblements ; à ses cheveux trop pâles, trop fins, trop épars sur son crâne : toujours est-il qu’il me semble parti pour une vie de peureux, une vie de miséreux, ou bien de religieux, en tout cas, une vie plate.

À mon avis, on ne doit pas être du même lit. Je soupçonne notre mère d’avoir couché avec n’importe qui, du temps qu’elle se cherchait des contrats de traductrice, puis d’avoir caché mon frère dans son ventre, faisant comme si de rien n’était, jusqu’à ce que, oh boy, la mauvaise nouvelle soit contrainte de se montrer au grand jour, devant le regard noir de mon père, mon Réal à moi, un homme solide, avec des spermatozoïdes d’entrepreneur en construction.

Quand même, j’ai bon coeur. Le petit, mon petit veau doux, comme je l’appelle, j’en prends soin. Récemment, il m’a poussé un sein ( maman dit que l’autre suivra bientôt ), que je lui ai offert à téter. Bof, ça n’était pas grand-chose, vous me direz, mais l’intention y était et mon frère s’est aussitôt endormi dans mes bras. Quand il s’est réveillé, le printemps était presque arrivé. Il s’est mis à pleuvoir sur la neige brune. J’ai proposé que l’on dessine nos portraits, chacun pour soi.

J’ai approché deux tabourets de la commode à miroir de ma chambre. Je joue souvent à ça : au crayon de plomb, je me projette dans l’avenir, ombrageant et hachurant les traits de mon visage jusqu’à paraître vieille. Je montre au petit. C’est facile, il faut juste se regarder longtemps, ne pas trop appuyer, ne pas craindre d’effacer pour recommencer.

De la cuisine nous parviennent des effluves odoriférants. Mon petit frère embarque bien dans le jeu et se fixe droit dans les yeux. Quand nous aurons terminé, le souper sera prêt. On exhibera fièrement nos chefs-d’oeuvre, maman dira que je ressemble à Jeanne Mance, et mon petit frère… et mon petit frère…

-  Dis-le ! Il ressemble à qui ?

Maman pâlit puis s’en retourne vite à ses casseroles. Je l’entends qui maugrée ah la vache à part soi.

* * *

Je voudrais garder pour moi le reste de cette histoire tellement elle est trop triste.

Quand le nouveau chum de notre mère est rentré, l’heure était à la tragédie. Maman, après s’être apparemment brûlée la langue en goûtant à son plat de ragoût de boeuf, s’était subitement affalée, tête première sur la céramique. J’avais rapidement composé le 911 et l’ambulance était en route. Son chum me questionna. Je dis que, juste avant de tomber, elle avait beaucoup tremblé. Dans notre énervement, ni lui ni moi ne portâmes attention au petit, qui s’était enfui dans sa chambre.

Il avait découpé son portrait en vingt-neuf pièces irrégulières avant de perdre connaissance, lui aussi, les poignets tailladés par ses ciseaux d’écolier. À l’autre bout de la ville, au même moment, le maire s’éteignait.

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Image de Gérald Tremblay « Neuman » tirée du site Le Castor de Napierville (L’organe hebdomadaire de l’Université de Napierville).

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Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence, à l’évidence. Ces textes sont la propriété de leur auteur, tels que cités, et ne peuvent être reproduits sans leur consentement. Merci.

— Les tueurs à pages

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Cassé, le cochon.

Il était rose et pétant de santé, il était garant de notre avenir, il était aussi le symbole d’une politique prônant la richesse individuelle. Il était dodu, il était plein… Il était dû. Il fallait le casser, fesser dessus à coups de marteau pour qu’il paye.

Le cochon ? Non non, nous parlions du banquier.

Delphis Bélanger nous a demandé d’en finir avec ce « tire-lyre » qui, imposteur, nous jouait du violon.

Contrairement à une banque, chez Les tueurs à pages, qui demande, reçoit. Et dans votre intérêt, nous ne l’avons pas épargné…

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Le Banquier (dernière de la saison)  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

Après avoir reçu un entrepreneur amateur de hockey, un clown boulimique et un ministre personnifiant bénévolement le père Noël dans les centres d’achat, l’émission Le Banquier recevait un banquier ce soir-là. C’était un duel entre le banquier et Le Banquier. Il ne restait que cinq valises à ouvrir.

Henri-Paul avait refusé toutes les offres. Il désirait ouvrir la valise numéro vingt-huit.

— La vingt-huit, comme les deux chiffres entourant les zéros de 2008, mon année chanceuse !

— Fortuna ! La vingt-huit !

La valise contenait des produits toxiques, d’étranges bouts de papier entremêlés qui auraient pu être vendus comme étant de bonnes affaires, mais la poudre les recouvrant, aux yeux des gens, aurait été néfaste.

Henri-Paul, tenté, refusa tout de même l’offre du Banquier.

— La quatre ! Comme mon taux hypothécaire ! lança le banquier. Et tous de rire « à fonds »…

— Monsieur Rousseau a choisi la quatre ! Gloria !

Un délire festif envahit le studio quand, par un pur hasard, le contenu dévoilé de la valise s’avéra être un contrat d’hypothèque pour cinq ans à seulement 1% d’intérêt. L’auditoire jubilait ! Le banquier déclina l’offre du Banquier, sachant très bien que dans cinq ans, ce jeu et son prix coco seraient loin derrière.

Il n’en restait que deux sur le podium. Il demanda lui-même à France d’ouvrir la numéro 26.

— La valise 26… contient… France… Ouvre grand… Un forfait évasion en Suisse, une fois par année, à vie !

Henri-Paul resta de glace devant la subtilité de cette opportunité que la beauté France lui offrait. Il refusa encore l’offre du Banquier, pour son image. Il savait qu’il y avait plus. Soit dans la dernière, soit dans celle qui se trouvait sur le lutrin. Il allait devenir quelqu’un, tout le monde à la maison le savait.

Le réseau télévisuel se réchauffa illico. L’audimètre péta un câble ! Le jeu était fait. Il ne restait que la 8 dans le coin.

— Destinée… prends la pause… et ouvre la huit !

Suspense…

— Destinée… ne te cache pas derrière la valise…

Gros plan…

— Encore du papier ! Mais pas n’importe lequel !

La valise numéro huit contenait des actions de sa propre banque, Henri-Paul n’en croyait pas ses oreilles. Il pouvait, sachant le nombre de celles-ci, les revendre au prix d’un million de dollars !

Mais le gros lot annoncé ce soir-là était de deux millions…

Un tonnerre d’applaudissements se fit entendre quand il referma avec nonchalance la boîte de plastique sur le détonateur.

— Re – fu – sé !

La pause fut interminable, le discours de l’animatrice aussi. L’air était dense, mais dur à combler. Néanmoins, l’auditoire exultait ! On attendait le dénouement. On n’invita pas Henri-Paul, le banquier, à ouvrir sa valise. Ce serait « la dernière de la saison » la plus spectaculaire jamais vue.

— Monsieur Rousseau, vous pouvez garder votre valise en souvenir. On vous enverra une clé pour l’ouvrir. De toute façon, vous savez très bien ce que vous vous méritez !

Henri-Paul sortit, tout sourire, sous les cris de la foule qui enterraient le tic-tac de son gain.

Il comprit alors qu’il ne faut jamais faire confiance à des gens qui nous prennent pour des valises…

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Je crache tu craches  par Barde (Hélène Bard)

J’ai rencontré City Boy pour la première fois en Inde, en 1996. On était tous deux hippies. On a vendu des babioles ensemble. Huit années plus tard, j’étais demeurée la même, revenue dans mon Québec natal y quémander des bourses pour peindre tandis que mon ami, lui, était déjà devenu l’un des courtiers les plus influents de la bourse de Londres. Je ne sais trop par quel miracle ou par quel « moral hazard » mais notre amitié tint le coup. En une année, City Boy gagnait facilement 300 000 dollars tout en empochant un bonus de 700 000. Cool han ?! Le plus drôle, c’est qu’il gagnait tout cet argent rien qu’en faisant semblant de savoir de quoi il causait. Facile, m’écrivait-il, l’important étant de convaincre le client, de le sortir dans les restos et les bars ou, mieux, de l’emmener voir les danseuses après lui avoir offert un joint ou une ligne de coke.

À l’époque, tous les banquiers se doutaient bien que le pire krach de toute l’histoire depuis la Grande Dépression allait s’abattre sur le monde entier, mais on savait dire « fuck you » avec élégance. Les banquiers sont là pour faire du fric et gonfler leur bonus, pas pour se préoccuper de la veuve et de l’orphelin croisés à l’aéroport. Et les politiciens ? Ce sont des idiots, vous n’aviez pas remarqué ? Il suffit de leur dire : « Si mes finances sont bonnes, battez les pattes ; quand j’aurai de la misère, vous viendrez me sauver. C’est t-y compris? À pile je gagne, à face vous perdez. » Alors les gouvernements sauvèrent les banques quand leurs erreurs et leurs fraudes multiples, plus ou moins démasquées, les conduisirent à la faillite, et les magnats recommencèrent à faire des milliards de profits et à se verser des bonus époustouflants.

City Boy se dégoûta assez rapidement d’être partie de cette rapace et, un jour, m’invita à dépenser son fric avec lui dans les rues du monde. À Londres, je pus admirer le cornichon érotique de la place des affaires avant que l’on ne décide de filer vers Wall Street.

Mon ami avait changé mais sans rien perdre de son penchant pour la rigolade. Un jour, je lui fis remarquer qu’il poussait des bulles sur les trottoirs qui dégelaient. Comme des gamins, on se mit à leur cracher dessus, s’imaginant les bulles… immobilières, avec un serpent au milieu. Un banquier. Yeah ! L’instant d’après, on fignolait un plan.

L’Islande, l’Espagne, la Grèce, Dubaï… Oubliez ça ! Aujourd’hui, c’est à Shangaï qu’il faut se rendre, c’est là que la prochaine crise prendra racine ( ou on se trompe, City Boy et moi ). Mais bon. On a choisi un éléphant bellement drapé de blanc en guise d’accompagnateur, qu’on a affectueusement baptisé Bonny. Trop chou ! notre Bonny ! Est-ce parce qu’il est plein de vide, sans mémoire aucune, qu’il répond si bien à nos ordres ?

On rit à gorges déployées ( faut dire qu’on a fumé un pétard pour l’occasion ), tandis que notre éléphant se charge de cracher le feu sur tous les édifices abandonnés, puis sur toutes les banques. On dirait, soudain, un pompier hypertendu en enfer, pissant de colère incendiaire au nom de l’humanité mise à la rue. Rrretff !

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Le Lard  par (l’Exécuteur des hautes œuvres) Ianik Marcil

Le Colonel Yuan l’appelait simplement « Le Lard. » Depuis qu’il avait été élu au poste de Banquier, Dominique Krausstann se trouvait sous le regard scrutateur de l’équipe du Colonel Yuan, chef du Bureau de la Stabilité Politique (l’« Hydre » pour les initiés).

L’Hydre maitrisait tous les moyens modernes de la communication et de la publicité pour influencer le cours des affaires de tout le pays, s’assurant (a) la plus grande stabilité économique possible et (b) que le pouvoir ne soit contesté d’aucune façon. Le premier étant l’enfant du second.

Or depuis quelques années, l’atteinte de ses objectifs est remise en cause par le règne de Krausstann. Lui dont le rôle est de s’assurer que les flux monétaires, les taux d’intérêts et le marché des changes épousent la courbe de la droiture n’en fait qu’à sa tête et voilà que l’économie et les finances nationales sont menacées d’un krach jamais vu.

La proverbiale goutte d’eau avait fait déborder le vase de la patience du Colonel Yuan : Krausstann, suite à une rencontre avec ses homologues du Club des Grands – et particulièrement, chuchotait-on dans les officines, au terme d’un cocktail arrosé en compagnie de la splendide ministre britannique des affaires économiques, Lady O’Grady – il avait ordonné l’émission de « junk bonds » gouvernementaux, mesure pourtant prohibée par la constitution de la Banque.

Le Colonel Yuan réunit donc son conseil stratégique afin de déterminer les moyens d’action à mettre en œuvre pour se débarrasser de Krausstann, protégé par le premier ministre. L’Hydre avait l’habitude de ce genre de mission et possédait une vaste expérience en la matière.

Il fut donc décidé qu’on attaquerait les deux cordes sensibles du Banquier : son goût immodéré pour la bonne chère et sa passion pour les femmes, particulièrement blondes et plantureuses. Pas pour rien qu’on l’appelait « Le Lard » : il était gras comme un voleur.

Des semaines durant, Krausstann reçut donc par le biais de moyens de communication les plus divers des dizaines de messages qui lui étaient destinés. Un mémo technique lui enjoignait de « Couper dans le gras des administrations bancaires. » Une publicité insérée dans son journal du matin ventait un produit miracle qui promettait aux hommes de plus de cinquante ans le pouvoir de séduction d’un jeune adonis. Un courriel d’information exposait les résultats d’une récente étude statistique démontrant que les femmes (particulièrement les blondes plantureuses) étaient attirées par les hommes riches, minces et sobres. Et ainsi de suite, des jours durant.

À la fin, n’en pouvant plus, frisant la folie, dans une hystérie digne des bulles spéculatives les plus folles, n’arrivant pas à cesser de boire ni à surveiller son alimentation, Krausstann choisit de mettre fin à ses jours. Par la voie noble : d’un coup de poignard, il commit le seppuku et s’ouvrit le ballonnant ventre, de droite à gauche, puis de haut en bas.

Les hommes de l’Hydre purent constater à leur arrivée sur les lieux que s’échappaient de l’abdomen du Banquier des boues nauséabondes vertes.

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Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence, à l’évidence. Ces textes sont la propriété de leur auteur, tels que cités, et ne peuvent être reproduits sans leur consentement. Merci.

— Les tueurs à pages

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Manifeste des Tueurs à pages pour un avenir sans Pauline

Un merci tout spécial à Adnen Troudi qui nous a demandé cette semaine de faire dégager Pauline Marois (« …nous débarrasser de Calamity Marois »). Comme elle avait déjà commencé à creuser sa propre tombe, nous n’avons eu qu’à publier l’essence de son propre discours pour en venir à bout.

Du travail facile, effectué sans même que nous ayons à nous salir les mains de « rouge ». Nettoyée par notre bon vieux savon de pays, voilà une tache de partie, et une tâche d’accomplie.

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À toi Pauline !

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L’indépendante  par Monsaigneur (Edgar Strabéri)

C’est avec la rage au cœur que Line faisait sa valise dans la chambre commune, « la conjugale sans devoir » qu’elle l’appelait.

— Que c’est laid ce mur blanc avec ces pans de rideaux rouges de chaque côté de la fenêtre qui donne sur le terrain boisé ! Jamais plus !

Elle referma sa valise en peau de crocodile, sans verser une seule larme cette fois, et s’engagea dans l’immense corridor de sa demeure pour aller annoncer la nouvelle à Kenneth. Dans l’escalier qui mène au salon tout bleu, elle écrasa de son talon le biscuit feuille d’érable échappé par Baptiste, son neveu, qui la visitait chaque trimestre.

Elle entra avec le nez en l’air dans le salon, prit une attitude de meneuse et d’un ton arrogant annonça à Kenneth :

— Je te quitte mon amour ! (Se rendant compte de son lapsus, elle maugréa en silence : « Maudit soit Freud pis sa crisse de théorie de l’émergence des désirs inconscients ! »)

— Encore ?

— Encore ? Si la femme de Jacques ne m’avait pas supplié de rester la dernière fois, ce serait déjà fait depuis longtemps tu sauras !

Elle ajouta : « Maudite Tamoul, on aurait jamais dû autoriser Jacques à la marier ! », mais Kenneth ne put même pas le lire sur ses lèvres.

Lui, paisible, mains jointes, bien assis sur son siège rouge favori, la regarda tendrement et lui dit :

— Ça fait plus de trente ans que ça dure, mon ange, tu devrais voir un psy.

— Ohhh ! Monsieur fait du Lady-Bashing ? Y’a des lois contre ça mon bonhomme !

— Chérie… Tu veux retrouver quoi en partant ?

— Je veux retrouver ma langue !

— On parle toujours en français dans cette maison, c’est moi qui perds la mienne souvent. Moi aussi j’aurais envie de la pratiquer plus… On frenche my chevreuil ?

— Oh ! Shudup ! Je veux retrouver mon identité, je ne me souviens plus ! Je m’oublie…

— Tu es Anva Hissante, vingt fois arrière-petite-fille de Anva Hissante 1re, débarquée en terre étrangère en 1545. Tu fais quoi dans la vie ?

— Je travaille pour le gouvernement.

— Tu es donc, toi aussi, Anva Hissante pour toute la nation, tu n’as pas perdu ton identité, tu vois ?

— Holà ! Je m’appelle Line, et je veux plus de pouvoirs ! Tu ne me donnes jamais droit de décision ! Je déteste les couleurs de la chambre ! Je veux être indépendante !

— O.K. ! SOIT !

« Du pouvoir, tu en as ! Tu me fais chanter depuis un bon moment et tu me contrôles plus que je ne te contrôle ! Le salon est bleu comme tu aimes et on aurait pu redécorer la chambre ensemble si tu avais voulu ! J’aurais même participé à équilibrer ton budget en payant la peinture… Les temps sont durs ! Mais comme tu as l’air certaine de ton choix, va-t’en ! C’est ma maison ici et tu n’y as plus ta place ! Goodbyyye myyyy chevreuil !

Ahurie, frustrée, Line sortit de la maison avec sa valise pur croco et alla choir chez Queues-de-Castor, desquelles elle s’empiffra jusqu’à en crever.

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Pauline à la plage  par Barde (Hélène Barde)

Ne nous méprenons pas : ce qui suit n’a rien à voir avec un quelconque film d’Éric Rohmer, non plus qu’avec l’enfance enjolivée de Martine ; d’ailleurs et pour tout dire, ce titre ne veut rien dire du tout, il s’est imposé de lui-même tandis qu’entre les mailles trop larges de mon esprit se dispersaient mes pensées, vagabondes inutiles.

Puis tout à coup, hop, j’ai constaté qu’on était vendredi 13 heures, que le ciel était bleu et que j’avais rendez-vous. Ah ben viarge ! J’ai sorti ma perruque blonde, posé sur mes prunelles des verres de contact couleur piscine, enfilé mon beau tailleur pastel de Toulouse, mes bijoux en or, j’ai pointé du menton comme on le ferait du doigt et m’en suis allée me dédoubler dehors, façon Marc Labrèche mais en plus extasiée encore.

Vous vous rappelez, en 80, il y avait eu les Yvette pour le non ; aujourd’hui, il y aurait les Pauline pour le oui ! Ma patronne l’avait bien dit : pas question d’attendre les conditions gagnantes pour un nouveau référendum. D’elle à moi, sa secrétaire exécutive, on n’attendrait même pas que ce soit le temps des lilas, même pas que Charest tombe de sa chaise, même pas les prochaines élections. En fait, on se passerait même de référendum. C’est maintenant et sans la moindre gêne que nous allions libérer ce pays, inspirées des révolutions populaires du monde arabe dont nous avions étudié les vidéos tout en organisant notre propre manifestation. J’étais, pour ma part, responsable des communications et, à ce titre, avais cru bon de prévenir la police.

« 3-2-1… Action ! »

On restera là à envahir les rues de la ville malgré l’hiver et le froid ( anyway, on a toutes chaud ), des jours, des semaines s’il le faut. Les masses en l’air, notre cheffe est contente, même que je l’ai rarement vue autant pétante et si peu matante, son tailleur serait-il rose pâle et son collier de perles d’eau. Sa fièvre est contagieuse : bientôt, le ton monte et s’aiguise dans les aiguës. « Ô Canada ! Dégage !… » Ma propre voix m’étonne, j’ai l’impression de sortir d’une castafiorerie.

Je ne saurais trop dire à quel moment tout cela a tourné à l’hystérie : était-ce lorsque l’une des manifestantes a arraché sa veste et sa jupe, dévoilant un bikini des plus audacieux, ou lorsqu’une autre s’est mise à tonitruer en se débattant dans le vide, à croire que l’armée était venue nous assaillir, mais notre jolie rébellion vira progressivement à la violence et les coups fusèrent. Je perdis ma perruque, déchirai mon costume, échappai mes verres. Dans la mêlée c’est à peine si j’aperçus Pauline première, laquelle se défendait à grands coups de drapeau. Elle criait : « Va chez le diable ! Si tu penses que ces flancs mous de caquistes vont me mettre des bâtons au travers de la gorge ! »

Elle aura hurlé trop fort, pauvre Pauline : son visage s’empourpra, puis elle s’effondra aux pieds des deux policières dépêchées sur les lieux. Anévrisme rompu, dit-on.

Nous étions trente. Nous ne sommes plus que trois Pauline et, tandis que mes collègues sont parties se refaire une beauté chez leur chirurgien, je soigne mes bouffées de chaleur dans l’eau fraîche de l’étang.

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La soie  par l’Exécuteur des hautes œuvres (Ianik Marcil)

Je n’en pouvais plus. Sa voix, en colère, rappelait parfaitement le cri d’une truie qu’on égorge. Et la colère, elle connaît. Dix fois, cent fois par jour elle éclatait, écarlate. Sans compter ses insupportables habitudes. Particulièrement sa détestable manie de draper son foulard de soie – généralement un grand carré Hermès bleu royal – d’un large geste, telle un tribun romain.

Tous les employés de la maison voulaient s’en débarrasser, las de ses colères, de ses obsessions maladives et de sa gérance digne de César ; Divide et impera aurait pu être son motto.

Nous ne nous entendions toutefois pas sur les moyens. Les femmes de chambre souhaitaient que nous nous réunissions en une grande assemblée afin d’étoffer nos revendications. À l’opposé, les jardiniers préconisaient la manière forte : un soulèvement, une grève, quoi d’autre ? Aux fourneaux, on tergiversait et on changeait sans cesse d’avis. Mon équipe, elle, était de l’aile radicale : pas de quartier, on fait sauter la maîtresse.

Nous désirions cependant nous associer à d’autres équipes de la maison, question de ne pas attirer trop aisément l’attention sur notre petit groupe. Négociations et tractations sans fin duraient depuis beaucoup trop longtemps sans que nous aboutissions à une entente, à l’image de toute l’histoire de la maison : beaucoup de bruit pour rien, beaucoup d’énergie pour peu d’action. Mais, comme c’est l’habitude dans l’histoire de la maison, des circonstances qui nous sont étrangères ont réussi à atteindre notre but.

Un sergent de la police montée, Mr Smith, premier arrivé sur les lieux par hasard, nous a par la suite raconté les événements.

Madame Pauline était sortie au volant de sa nouvelle voiture décapotable, une magnifique MG 1976 rouge pétant, offerte par son millionnaire de mari. Cheveux au vent, collier de perles au cou et l’éternel carré de soie sur les épaules. Un doux soleil printanier brillait tandis qu’elle empruntait le Chemin du Roy en direction de Québec. Dans le lecteur CD, installé par le mécano de la maison, un cours Berlitz d’anglais pour débutants. Nous rigolions toujours d’imaginer Madame Pauline sur les routes de campagne pratiquant la section « Comment se faire des amis » : – Glad to know you !

Le sergent Smith a donc expliqué que la voiture de Madame Pauline avait fait une embardée non loin de Saint-Jude – égarée encore une fois sur les routes sinueuses du Québec. Une roue de sa MG s’est détachée après s’être enfoncée dans un immense nid-de-poule. La voiture a fait quelques tonneaux avant d’emboutir un peuplier faux-tremble. Madame Pauline est morte sur le coup. Mystère incroyable : son corps n’a pas été retrouvé – il n’en restait qu’un petit tas de cendres, hormis ses mains et ses pieds. Il a manifestement connu une « combustion spontanée. »

On voyait, nous a raconté le sergent Smith, le carré de soie bleu flotter au vent, accroché à une branche du peuplier.

Pour une dernière fois de sa vie, Madame Pauline a réussi à détourner, malgré elle, les plans des équipes de la maison. Et de disparaître en fumée.

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— Les tueurs à pages

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